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Le cachemire, une aventure industrielle à Villepreux

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  • 27 avr.
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 6 heures


Quand Laurent Biétry tissait à Villepreux les cachemires de « leurs Majestés Impériales » Napoléon III et Eugénie


Laurent Biétry a 11 ans lorsqu’il entre en 1810 comme apprenti dans la fabrique de Richard et Lenoir, première manufacture parisienne de coton et au premier plan du commerce du coton en France.


En 1823, il établit à Villepreux une filature de cachemire, tout de suite remarquée pour la finesse et la qualité des fils qu’elle produit. Les châles de cachemire étaient devenus à la mode sous le Premier Empire, portés par l’impératrice Joséphine. La filature villepreusienne, une vingtaine d’années plus tard, est installée dans la seule aile subsistante du château des Gondi

Ce qui reste du château édifié à la fin du xvie siècle, avait déjà abrité en 1816 une première filature : MM. d’Autremont et Doyen y produisaient fils et tissus de laine mérinos.

Le nouveau filateur n’est pas un inconnu. Cette même année 1823, Laurent Biétry, qui a maintenant 24 ans, a reçu une première récompense lors de la prestigieuse Exposition des produits de l'industrie française : mention honorable « pour ses fils de cachemire bien confectionnés ». La suite est brillante. Médaille d’argent en 1827, alors qu’il fabrique aussi désormais des tissus de cachemire ; médaille d’or en 1834, où le jury souligne qu’il est « parvenu de simple ouvrier au premier rang parmi les filateurs de cachemire », et qu’il fournit « à 12F des fils de cachemire pour brocher infiniment mieux confectionnés que ceux qu’il vendait 15F un an plus tôt ». Il en va de même pour les tissus de laine plus courant, le cachemire n’étant qu’une petite partie de sa production. Médaille d’or encore en 1839, quand il se voit décerner la Légion d’honneur par le roi Louis-Philippe, et encore médaille d’argent en 1844.

Le « fournisseur breveté » de « leurs Majestés Impériales » sera promu officier de la Légion d’honneur par Napoléon III. Mais en attendant, il doit se battre contre les importations à bas prix de cachemire indien de moindre qualité, vendu comme pur cachemire. En 1846, il polémiquait dans le journal Le Charivari, avec le patron du magasin Le Grand Colbert, qui vend à des prix défiants toute concurrence des cachemires indiens grossiers par rapport à ses propres productions. Biétry créa même, en vain, un bureau de vérification des châles cachemire. Il n’eut pas plus de succès avec sa tentative d’exiger l’imposition d’une marque de fabrique sur les châles importés. Cette garantie ne sera acquise qu’après 1850. Lui l’imprima sur ses châles villepreusiens sans attendre. Une bataille, qualité « française » contre prix bas « importés », qui nous parle toujours aujourd’hui.

La faillite survient pourtant en octobre 1867, signant du même coup la fin d’une originale population ouvrière à Villepreux. La propriété et l’usine qu’il avait rachetée à la fille de son propriétaire, Eugénie Collas, passent aux mains de Jean-Baptiste Daubenton. Malgré une nouvelle mais brève vogue des châles de cachemire, celui-ci fera faillite à son tour à l’automne 1869. La dernière aile du château Gondi, l’usine de cachemire, sera détruite en 1870. Un certain Loiseau, espérant profiter de ce bref rebond de la mode, construisit à Villepreux en 1868 une autre usine de cachemires, mais trop tard : il fit faillite aussitôt. Les bâtiments accueillirent alors l’orphelinat créé par Georges Bonjean, appelé Crozatier en hommage au grand fondeur lyonnais dont les héritiers financèrent ce projet social pour l’enfance malheureuse ou abandonnée.

Laurent Biétry, qui ne cessa jamais de se présenter comme filateur et fabricant de cachemire, mourut en 1870 à Chatou.




 
 
 

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