
Monuments et Patrimoine
Explorez les pierres qui racontent l'histoire de Villepreux.
La Maison Suisse
Sur la route de Fontenay-le-Fleury se trouve en venant de Villepreux, sur la gauche, après le pont de Biais, une bâtisse délabrée de style classique qui fait partie du patrimoine villepreusien : la Maison du Suisse.
L’Inventaire du ministère de la Culture de 1988 désigne ce bâtiment ainsi : « Maison du portier du parc de chasse de Versailles », dite Porte du Val-Joyeux. Le gros œuvre est en meulière, calcaire, moellon et enduit. Le toit à longs pans brisés est en ardoise et zinc. Un escalier dessert l’étage. Un porche a été ajouté au XIXe siècle. Disposant d’un fournil, d’une écurie, d’un poulailler et d’un appentis initialement appuyé contre le mur du Grand Parc de chasse royal, ce bâtiment construit en 1685 et habité par un garde suisse, jouxtait la porte du Val-Joyeux.
Cette porte faisait partie des 24 ouvertures aménagées dans le mur d’enceinte qui permettaient aux paysans de sortir du parc. Aujourd’hui disparu, ce bâtiment presque cubique à un étage, créé par Jules Hardouin-Mansart, était couvert d’ardoises. Les arcs, fenêtres et angles étaient ornés de pierres de taille. Une corniche et deux bandeaux de pierre agrémentaient la façade. Deux portes cintrées permettaient le passage des voitures. Placée à cheval sur la route reliant Les Clayes à Versailles, la bâtisse comprenait également écurie, vacherie et grange, témoins de l’activité agricole du garde-chasse.
Par décision du Conseil municipal de Villepreux, en 1853, la porte du Val-Joyeux fut détruite, car ses dimensions (3,24 m de large sur 3,89 m de haut) ne permettaient pas le passage des véhicules agricoles de l’époque. Ses pierres furent récupérées pour construire la maison du garde forestier des Matelots, à l’angle de l’avenue de Saint-Cyr et des Matelots.
Quant à la Maison du Suisse, vu son mauvais état, le président de la Société d’Histoire de Villepreux a écrit à la municipalité de Villepreux, le 14 octobre 2007 puis le 8 juin 2011, pour s’inquiéter de la situation. Mais, rien n’a évolué depuis…

La Villa Médicis Libre
Au croisement de la rue Pasteur et de la rue Francine, se dressait une belle maison connue autrefois sous le nom de « Villa Malherbe ». Elle fut acquise vers 1910 par le magistrat Georges Bonjean qui y déménagea la Villa Médicis Libre d’Orgeville, dans l’Eure, à Villepreux.
Mais de quoi s’agit-il ? Son nom fait allusion à la Villa Médicis à Rome, qui héberge depuis 1803 les artistes ayant remporté le concours du Prix de Rome. À Villepreux, la Villa Médicis est dite « libre », car les artistes y sont libres de tout souci matériel pendant deux ans. Ici, pas de concours, mais le gîte et le couvert pour des jeunes talents d’avant-garde dans le besoin, pour ne pas dire « fauchés ».
Grâce au recensement des habitants en 1911, on connaît le nom des peintres, graveurs, sculpteurs, écrivains, qui y demeuraient alors et formaient une communauté confraternelle : Jean Marchand et son épouse Sophie, André Lhote et sa femme Marguerite, Jeanne Joly, Alice Bailly. Par des échanges de courrier, on sait que le couple Dufy y séjourna. Cette année-là, ce dernier exécuta les gravures sur bois pour illustrer le recueil de poésies, Le Bestiaire de Guillaume Apollinaire.
Ils exposent aux Salons à Paris leurs œuvres et expérimentent dès 1910 le cubisme qui se traduit par l’emploi de couleurs vives, voire violentes, et des déformations plastiques. Certains peignent les paysages sur le vif, comme la Suissesse Alice Bailly à Chavenay, d’autres comme André Lhote installe son chevalet dans les serres de l’école Le Nôtre. Autre femme artiste, Jeanne Joly fut élève d’André Lhote et rejoignit le mouvement cubiste.
Albert Gleizes écrit dans ses Souvenirs qu’il dîna à la maison du président Bonjean à Villepreux-les-Clayes, et qu’il y rencontra le poète Jacques Nayral, dont il fit le portrait dans le style cubiste (Tate Modern Londres).

Le Grand Parc de chasse de Versailles
Pour le plaisir de Sa Majesté…
Telle est la finalité du Grand Parc de chasse. Un arrêt du Conseil d’État de 1662 ordonne qu’il soit nommé des arpenteurs et des experts pour sa conception. Peu à peu, le roi Louis XIV acquiert les terres nécessaires, soit par achats, soit par échanges et, à la fin de son règne, un mur haut de trois mètres et de 45 km de long englobe huit villages (dont une partie de Villepreux). La superficie totale du parc est 6 700 ha. La clôture définitive date de 1677 ; elle interrompt un grand nombre de chemins. Et les 24 portes, toutes du même modèle, conçues par Jules Hardouin-Mansart ont une double fonction : protéger le gibier et contrôler la circulation. Seize gardes suisses sont attachés à la surveillance des portes du Petit et du Grand Parc.
En ce qui concerne Villepreux, la Faisanderie (qui sera convertie en ferme en 1736) permet l’élevage du gibier et trois portes se trouvent sur la commune : la porte de Paris, démolie en 1838, la porte Saint-Vincent (près de Grand’Maisons), supprimée en 1835 et la porte du Val-Joyeux, détruite en 1854-1855 et dont le garde-chasse qui l’habite déclare que le logement est « on ne peut plus mal construit »… La Maison du Suisse qui la jouxtait est toujours visible (en 2026).
La vie agricole subsiste à l’intérieur du parc. Mais, les désagréments dus à la chasse sont nombreux : perte de surfaces cultivables à cause des allées et des garennes, dégâts causés par les animaux, interdictions et règles draconiennes imposées, telles que ne pas désherber les champs à partir du printemps, ne pas ramasser les foins avant la Saint-Jean, ne pas détruire les nids de perdrix ou de faisans…
Cette situation fut clairement dénoncée dans le cahier de doléances de Villepreux en 1789 qui demande, entre autres, que « la quantité de gibier soit restreinte à celle qui est nécessaire au service seul et au plaisir du Roi ».
L’allée royale, qui traverse ce parc depuis le cimetière de Villepreux jusqu’au parc du château de Versailles, sert maintenant au plaisir des promeneurs…