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Personnes Marquantes de l'histoire de Villepreux

 

L’art d’adapter sa signature

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Ou comment suivre les discrets accommodements d’un maire de Villepreux à travers les périodes risquées de la Révolution et de l’Empire

Il fut maire de Villepreux à une époque, déjà post-révolutionnaire, où la constitution de l’an VIII (13 décembre 1799) venait de remplacer le Directoire par le Consulat, confortant le pouvoir déjà installé du Premier Consul, un certain Napoléon Bonaparte. Mais désormais, le maire n’était plus l’émanation du conseil municipal élu : il était nommé par le préfet.

Jacques-Nicolas Gravelle de Fontaine, né à Rouen le 29 mai 1749 dans une famille de noblesse de robe – son père était conseiller au Parlement de Rouen – fut lui-même avocat et conseiller au Parlement de Normandie jusqu’à la Révolution. Menacé, il quitte sa résidence rouennaise de la rue de l’Ecureuil pour tenter de se réfugier dans l’anonymat relatif de l’Ile-de-France. Et c’est là qu’à travers les évolutions fort à propos de sa seule signature, on peut suivre une carrière ondoyante, dans une période il est vrai particulièrement agitée.

Jean-Pierre Beurnaux avait rapidement esquissé ce parcours politique en mars 1997, dans le premier numéro du bulletin de la Société d’Histoire de Villepreux. Il était donc normal de lui rendre hommage en reprenant son sujet, un peu complété, pour l’ouverture du site internet de la même SHV.

Nous retrouvons en effet Gravelle-Fontaine en 1791 à Villepreux où il a acheté le domaine du Val Joyeux, profitant de la vente des biens nationaux. Mais bientôt, avec la radicalisation de la Révolution, voilà notre homme devenu suspect aux yeux des jacobins locaux, du fait même de sa fortune et de son ancienne appartenance au Parlement de Normandie. Le gros propriétaire local qu’il est devenu lui vaut d’être arrêté en 1793, quand l’accroissement rapide des principales propriétés agricoles villepreusiennes provoque des protestations chez les petits laboureurs et les manouvriers sans terre. Il aurait en outre caché des proscrits promis à l’échafaud.

Toujours est-il que le 15 octobre 1793, le Comité de surveillance jacobin, auquel participe le maire Jean-Jacques Meunier, appose des scellés sur les secrétaires du « citoyen Fontaine » qui signe alors le procès-verbal d’un simple Fontaine.

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Gravelle-Fontaine survivra aux heures les plus chaudes de la Révolution, jusqu’à se voir nommer maire de Villepreux en 1800, puisque la nouvelle Constitution ne prévoyait plus leur élection par leurs pairs. Une nomination qu’on imagine très…politique.

Le 12 juin, Jacques-Nicolas signe la relation d’un incendie aux Bordes d’un Gravelle-Fontaine adjoint provisoire.

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Une semaine plus tard, le 19, prestation de fidélité à la Constitution de l’An VIII accomplie, sa nomination de maire de Villepreux est confirmée et officiellement enregistrée. Il signe alors Gravelle-Fontaine maire.

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En 1807, Napoléon étant devenu empereur, notre maire de Villepreux adopte une jeune fille, Sophie Louise Franquin des Feux. Et voici que sur l’acte d’Etat civil, la particule d’origine réapparait, avec la signature Gravelle de Fontaine.

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L’histoire ne s’arrêtera pas là puisqu’en 1811, la mairie de Villepreux échoit à nouveau à l’un des premiers maires de la Révolution, Jean Brault. Pourquoi cette décision préfectorale ?  Notre maire a-t-il commis une erreur ? A-t-il perdu la confiance de l’administration impériale. ? La réponse est négative à l’évidence puisque le 25 mars 1813, Jacques-Nicolas Gravelle de Fontaine, est nommé maire de… Versailles ! Il n’en profitera pas longtemps puisqu’il meurt à 64 ans deux mois et demi plus tard, le 17 juin, au terme d’une carrière politique pour le moins… adroite !

Ce texte, un peu complété et remanié, a été publié en mars 1997 par Jean-Pierre Beurnaux, dans le premier numéro du bulletin de la Société d’Histoire de Villepreux.

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                                          Claude Galle (1759-1815)

 

Pendules de cheminée, appliques, candélabres, bougeoirs, la majorité des bronzes dorés du château de Fontainebleau ont été fournis à l’empereur Napoléon Ier par un Villepreusien. Claude Galle, l’un des tout meilleurs bronziers de l’Empire. Né à Villepreux en 1759, il fut « batizé » dès le lendemain de sa naissance en l’église Saint-Germain, comme on peut le lire dans le registre paroissial de l’époque. Ses parents, Denys Galle et Marie-Jeanne Naudin, étaient épiciers dans le village. Ses « parein » et « mareine », Claude François Cacheux et Marie Gabrielle Brive, étaient aussi villepreusiens, le registre paroissial précisant même que la « mareine » n’a su signer le registre.

 

 

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Légende pendule Erato

 

Muse de la poésie, Erato joue ici de sa lyre en présence d’Eros, dieu de l’Amour. Cette pendule Empire est remarquable par les détails extrêmement raffinés de sa décoration, qui montrent un savoir-faire artistique accompli. Elle porte aussi la signature « Galle, Rue Vivienne No9 », ce qui la situe peu après 1805 et authentifie son origine.

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Mais le jeune homme ne fera pas carrière dans l’épicerie. Le voilà à Paris, apprenti chez le fondeur Pierre Foy, dont il épouse la fille Marie-Élisabeth le 22 février 1784. Celle-ci n’est pas majeure et le jeune Claude Galle devient un temps tuteur de son épouse !

Le 3 octobre 1786, il est reçu maître fondeur et reprend l’atelier de Pierre Foy à la mort de celui-ci en 1788. Il en fait l’un des meilleurs dans cette industrie du luxe, et emploie environ 400 artisans. Il réalise pendant cette période de nombreux travaux pour le garde-meuble de la Couronne, que dirige Jean Hauré, et lui fournit quantité de bronzes dorés d’ameublement.

On le trouve en 1790 rue du Four, dans l’actuel 6e arrondissement de Paris, puis le 13 prairial an VIII (1800) au 60 rue Vivienne, atelier qu’il déplace en 1806 au coin de la rue Colbert, emplacement qui deviendra un angle du « quadrilatère Richelieu », site où sont conservées depuis les collections historiques de la Bibliothèque nationale.

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Outre les bronzes dorés d’ameublement, il a aussi fourni vases, aiguières, horloges figuratives et luminaires pour différents châteaux français ou italiens. On retrouve aujourd’hui ses œuvres dans les plus grands musées : au château de la Malmaison à Rueil, au musée Marmottan à Paris, au Victoria et Albert Museum à Londres, en passant par des musées allemand ou espagnol.

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                                        Horloge Clytia

 

Claude Galle, malgré son succès, a toujours vécu sur le fil, la faute à la fois à un style de vie dispendieux et à des factures restées impayées de ses clients, dont un des frères de Napoléon lui-même, le prince Joseph Bonaparte. Il meurt à Paris le 27 mars 1815, à 56 ans. Son fils Gérard-Jean (1788-1846) reprend son atelier.

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Yves Pitette et Anne-Marie Crignon

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Louis Moret

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Le garde champêtre à la Légion d’honneur

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Il avait été nommé garde champêtre de Villepreux le 6 mars 1810, pour un traitement de 300 francs. Le maire Nicolas Gravelle de Fontaine lui donnait pour mission « de veiller à tous les délits que pourraient commettre les administrés ». Ancien soldat du 3e régiment de dragons, avec lequel il avait fait la campagne d’Égypte sous Bonaparte, Louis Moret, était né à Villepreux le 10 janvier 1766, de parents villepreusiens, Louis Moret et Geneviève Thuez. Il avait ensuite été « grenadier de la Garde impériale », corps d’élite s’il en était à cette époque : jamais loin de l'Empereur, le grenadier à pied est rattaché à l'infanterie de la Vieille Garde, maintenue en réserve lors de la majorité des affrontements de l'Empire, ce qui valut aux grenadiers le surnom « d'immortels ». Pour entrer dans les grenadiers d'élite, il fallait mesurer au minimum cinq pieds six pouces (1,76 mètre), avoir au moins cinq ans de service et avoir participé à deux campagnes.

Autant dire que Louis Moret connut toutes les plus belles heures de l’épopée napoléonienne, avant de prendre sa retraite à plus de 40 ans. Il échappa ainsi au bon moment au déclin de la Grande Armée, ce qui ne fut pas le cas des dix Villepreusiens qui ne revinrent jamais de la dramatique retraite de Russie en 1812.

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​​​​​​​​​​​​​​Trente ans plus tard, sous Louis-Philippe, l’heure est au retour des cendres de l’Empereur. Après six semaines de navigation depuis l’île de Sainte-Hélène, la frégate la Belle Poule accoste au port militaire de Cherbourg. Le cercueil de Napoléon Ier est transbordé sur le vapeur Normandie, puis à Rouen, le 10 décembre 1840, sur la Dorade III. Celle-ci, escortée d’une petite flottille, va remonter la Seine jusqu’au pont de Neuilly, d’où la dépouille impériale rejoindra les Invalides.

L’événement est d’importance. Si l’on en croit l’historien Élias Regnault*, peu avare de lyrisme, « sur les bords de Seine, les populations empressées saluaient le convoi de leurs cris d’enthousiasme (…), la garde nationale sous les armes, les maires et les corps municipaux, les paysans et les ouvriers, tous en habits de fête… Tous saluaient la gloire de la France. » Des lignes écrites, il est vrai, en 1851, à la veille du coup d’État du président de la IIe République, le 2 décembre 1851, qui ouvre sur le Second Empire.

 

Le maire de Villepreux, M. Pigeon, qui connaissait évidemment l’histoire de Louis Moret, et savait qu’il n’y avait sans doute pas beaucoup de villages dont le garde champêtre était décoré de la Légion d’honneur, le désigna pour représenter Villepreux à cet événement historique, au sein d’une délégation de gardes nationaux et d’anciens soldats du Premier Empire. Louis Moret, 74 ans, revêtit alors sa tenue d’apparat de « grenadier de la Garde impériale » et se rendit au Pecq rendre un ultime hommage à son Empereur, en chemin pour sa dernière demeure.

Louis Moret s’était marié deux fois, et eut un fils, né à Paris, de sa seconde épouse, Marie-Françoise Bernier, le 18 février 1807. Celui-ci, devenu instituteur, portait les prénoms de Louis Nicolas… Napoléon.

Le fidèle soldat de l’Empereur mourut à Villepreux en 1845, âgé de 79 ans.

*Histoire de huit ans, 1840-1848, Pagnerre libraire-éditeur, 1851.

Cet article, ici augmenté, a été publié en premier lieu dans le bulletin de la SHV en 1997 par Geneviève Sablayrolles.

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Cette paire d’aiguières Empire décorée de scènes bacchiques, est orné de deux figures féminines ailées, vêtues de robes diaphanes, représentant la Renommée et la Victoire.

Dans la mythologie grecque, la nymphe Clytia, amoureuse d’Helios, le Soleil, se vengea de sa sœur qui séduisit le Soleil. Son père la punit en la transformant en fleur de tournesol. Un sujet rarement traité du fait de la difficulté technique de reproduire cette fleur en bronze. Claude Galle en fit deux exemplaires dont l’un, perdu, pour l’impératrice Joséphine de Beauharnais. Son fils et successeur Gérard-Jean Galle, présenta cette horloge originale en 1819 à l’exposition des produits de l’industrie française, au Louvre, et en obtint une médaille d’argent. Il la décrit en détail le 27 septembre 1820 dans une offre de vente au comte de Pradel, ministre de la Maison du Roi, autrement dit de la Liste civile, dotation des chefs d’Etat pour leur vie courante et leurs frais de représentation.

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