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Quand Laurent Biétry tissait à Villepreux les cachemires de « leurs Majestés Impériales » Napoléon III et Eugénie. Laurent Biétry a 11 ans lorsqu’il entre en 1810...
Le cachemire, une aventure industrielle à Villepreux
Quand Laurent Biétry tissait à Villepreux les cachemires de « leurs Majestés Impériales » Napoléon III et Eugénie.
Laurent Biétry a 11 ans lorsqu’il entre en 1810 comme apprenti dans la fabrique Richard-Lenoir, première manufacture parisienne de coton et au premier plan du commerce du coton en France.
En 1823, il installe à Villepreux une filature de cachemire, tout de suite remarquée pour la finesse et la qualité des fils qu’elle produit.


Quand Laurent Biétry tissait pour « Leurs Majestés Impériales »
Les châles de cachemire étaient devenus à la mode sous le Premier Empire, portés par l’impératrice Joséphine. La filature villepreusienne, une vingtaine d’années plus tard, n’est autre que la seule aile subsistante de l’ancien château des Gondi. L’ancienne seigneurie de Villepreux a été vendue en 1812 aux frères Collas, par la veuve de Henry de Mecquenem, chevalier d’Artaize, propriétaire depuis 1765, guillotiné à la fin de la Terreur, sur l’actuelle place de la Nation alors « barrière de Vincennes », quinze jours avant Robespierre, le 25 messidor an II (13 juillet 1794).

Rare exemplaire d’un châle de cachemire fabriqué à Villepreux.
Il avait notamment été accusé d’avoir hébergé le curé réfractaire de Villepreux. Le Directoire rendit un an plus tard tous ses biens à sa veuve. Ce qui reste du château édifié à la fin du XVIème siècle avait déjà abrité en 1816 une première filature : MM d’Autremont et Doyen y produisaient fils et tissus de laine mérinos.
Le nouveau filateur n’est pas un inconnu. Cette même année 1823, Laurent Biétry, 24 ans, a reçu une première récompense lors de la prestigieuse Exposition des produits de l'industrie française : mention honorable « pour ses fils de cachemire bien confectionnés ». La suite est brillante. Médaille d’argent in 1827, alors qu’il fabrique aussi désormais des tissus de cachemire ; médaille d’or in 1834, où le jury souligne qu’il est « parvenu de simple ouvrier au premier rang parmi les filateurs de cachemire ».

Châles de cachemire : Joséphine et la mode impériale
Il en va de même pour les tissus de laine plus courants, le cachemire n’étant qu’une petite partie de sa production. Médaille d’or encore in 1839, quand il se voit décerner la Légion d’Honneur par le roi Louis-Philippe, et encore médaille d’argent in 1844.
Le « fournisseur breveté » de « leurs Majestés Impériales » sera promu officier de la Légion d’Honneur par Napoléon III. Biétry créa même, en vain, un Bureau de vérification des châles cachemire.

La faillite survient pourtant in octobre 1867, signant du même coup la fin d’une originale population ouvrière à Villepreux. Malgré une nouvelle mais brève vogue des châles de cachemire, celui-ci fera faillite à son tour à l’automne 1869. La dernière aile du château Gondi, l’usine de cachemire, sera détruite in 1870. Laurent Biétry meurt in 1870 à Chatou.

Portrait peint in 1809 par Girodet.

L’Impératrice Joséphine en châle de cachemire.
Quand Joséphine de Beauharnais lance les châles en cachemire
C’est après la campagne d’Égypte que le châle de cachemire fait son entrée fracassante dans la mode française. Bonaparte en rapporte pour son épouse Joséphine, qui en tombe immédiatement amoureuse. Sa passion pour ces étoffes orientales d’une finesse inégalée, tissées dans les montagnes de l’Himalaya, lance une véritable frénésie.
L’impératrice en possède des centaines, les portant non seulement comme des vêtements chauds mais comme de véritables bijoux de parure. Cette mode impériale a créé un marché si vaste qu’elle a encouragé des industriels comme Laurent Biétry à tenter de produire ces tissus d’exception sur le sol français, faisant de Villepreux l’un des cœurs de cette aventure textile unique au XIXème siècle.
Une petite société ouvrière à Villepreux
Une petite société ouvrière à Villepreux s'est constituée autour de la filature Biétry, marquant le paysage social de la commune. Dans l'ombre des imposants métiers à tisser, une main-d'œuvre discrète s'activait jour et nuit pour répondre à la demande impériale. Les conditions de vie, bien que rudes, étaient rythmées par l'espoir d'une industrie textile florissante.

L'utilisation des enfants dans ces manufactures était une réalité tragique du XIXe siècle. À Villepreux, comme ailleurs dans les grands centres de production, les plus jeunes étaient souvent employés pour des tâches minutieuses ou pénibles, leur petite taille étant un atout pour se glisser entre les cylindres métalliques des machines en mouvement. Cette main-d'œuvre bon marché et docile permettait aux industriels de maintenir des cadences élevées, malgré les préoccupations croissantes de quelques philanthropes de l'époque.
Légende photo travail enfants Les enfants sont massivement utilisés dans l’industrie textile au XIXème siècle. Ce tableau de Juan Panella y Rodriguez (1882, Musée d’histoire de Catalogne) est nettement postérieur à l’époque de Laurent Biétry, quarante ans plus tôt.